Voyager en train vers 1840

La ligne de Paris à Orléans dont l’embarcadère est situé Place Valhubert (Quai d’Austerlitz) est inaugurée le 2 mai 1843.

Le trajet dure environ trois heures trente et les conditions de confort varient en fonction du tarif choisi ; les voitures de première classe couvertes conçues sur le modèle des diligences assurent un certain confort alors que les voitures de troisième classe exposent les passagers à tous les vents, aux escarbilles et à la pluie.

Dans un premier temps, le chroniqueur Emile Barrault qualifia ces dernières de « gais chars à bancs, ouverts, aisés, commodes et légers »1. Si le voyageur pouvait supporter ces conditions précaires sur de petits parcours, il était plus difficile de les accepter sur des trajets de plusieurs heures.

Dans une composition particulièrement bien maîtrisée, le lithographe Victor Adam (1801-1866) nous apporte un précieux témoignage sur l’environnement ferroviaire des premières années de l’exploitation2. Cette estampe s’apparente aux dessins et caricatures beaucoup plus connues3 d’Honoré Daumier, Gavarni ou Cham publiés dans le Charivari.

En plus des caricatures offrant un regard critique sur le nouveau moyen de transport, une campagne de presse s’engagea contre l'inconfort des voitures de troisième classe. Le journaliste Alphonse Karr (1808-1890) se montra le plus véhément dans ses célèbres Guêpes, brochures satiriques qu'il rédigea de 1839 à 1846. Le romancier Maxime du Camp prît à son tour la défense des passagers de troisième classe en s'indignant contre ce type de matériel : « II faut les avoir vus pour imaginer qu'on ait osé offrir de tels tombereaux à des voyageurs. C'étaient de grandes auges meublées de bancs en bois, sans plafond et sans côtés, on y était absolument en plein air »4.

Face à ces critiques renouvelées, les compagnies s'inclinèrent. L'arrêté du 29 février 1844 prescrivit de couvrir les voitures de troisième classe, de les fermer avec des rideaux puis à partir de 1850, avec des vitres. L'époque des chars à bancs était bel et bien révolue.

 

 Le chemin de fer à Paris

Image : Chemin de fer de Paris à Orléans. Victor Adam. Lithographie en couleur (ca 1843). Paris, chez Boivin jeune. Imprimerie Lemercier. © CCGPF Fonds cheminot

[1] Emile Barrault, Journal Le Temps du 26 août 1837.
[2] À noter : l’absence de ballast, le rendu fidèle du marchepied, des roues et des essieux, la présence du garde-voie tenant un drapeau de signalisation devant sa guérite (toit rouge et blanc).
[3] Voir notamment : Honoré Daumier (Ill.), Max Gallo (Préf.) Les transports en commun, Paris, M. Trinckvel, 1992, 136 p. Cote Fonds cheminot : Ta31. Cham, Ah quel plaisir de voyager !, Paris, Hautecoeur Frères, ca 1860.-48 p. : 20 planches de dessins. Cote Fonds cheminot : Ta67.
[4] Maxime du Camp, Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle, Paris, Hachette et Cie, 1865, vol.1, p. 304. On constate ici que les caisses sont tout de même fermées sur les quatre côtés pour éviter les chutes accidentelles.

 

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