L’Institut d’histoire sociale (IHS) de la Fédération CGT des Cheminots célèbre cette année le centenaire des grèves de 1920.

 

Grève générale des cheminots PO et Etat, Nantes, 1920 : [foule, Prairie de Mauves]. Source : IHS-CGT cheminots, Fi 30/53

 

Au sortir de la Première Guerre mondiale, « la vie chère » touche de plein fouet le monde ouvrier, le malaise social s’accentue au cours de l’année 1919 dans plusieurs secteurs industriels. Les grèves se succèdent dans un contexte d’affrontement entre syndicalistes réformistes et syndicalistes révolutionnaires.

 

Ateliers
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Janvier 1920, les ouvriers des ateliers de Périgueux, réclament des lavabos pour se « décrasser » après leur journée de travail, devant le refus de leur direction, ils déclenchent des grèves partielles qui trouvent leur écho au sein de la Compagnie du Paris-Orléans.

Le 19 février, le responsable de l’atelier de Villeneuve-Saint-Georges interdit à l’un de ses ouvriers de se rendre à une réunion syndicale. Passant outre, le militant, est sanctionné et menacé de renvoi. Par solidarité, 1500 cheminots du réseau du Paris-Lyon-Méditerranée arrêtent de travailler ; le mouvement de solidarité s’étend alors aux autres compagnies ferroviaires.

Le 27 février, la Fédération lance un ordre de grève générale. Les premières révocations sont prononcées et les dirigeants syndicaux arrêtés. Le 1er mai 1920, la contestation gagne d’autres corporations, le mouvement se durcit et des manifestations violentes se déroulent à Paris.

Le Président du conseil, Alexandre Millerand, brise violemment la grève en mai, plusieurs militants, inculpés de complot contre la Sûreté de l’Etat, sont arrêtés et emprisonnés.

La répression est sévère : au moins 18 000 cheminots sont révoqués soit près de 10% des grévistes et 5% du total des cheminots. Parmi les revendications sur la durée et les conditions de travail figurent l’établissement d’une échelle de salaires et d’un statut unique pour le personnel cheminot. Ce dernier, obtenu en 1920, reste une avancée sociale majeure. Il constitue une nouvelle charte qui réglemente les phases de la carrière d’un agent en commençant par le recrutement et en finissant par la mise à la retraite. Appliqué à partir de septembre 1920, il comporte des conditions de rémunérations fixées et hiérarchisées (grades et emplois classés avec l’indication de chaque filière) pour l’ensemble des cheminots des six compagnies.

Mais l'âpreté du conflit social a accéléré les contradictions au sein de la CGT, au point d'engendrer sa scission. Le mouvement syndical se partage dès lors entre CGT et CGTU jusqu’à sa réunification en 1936 sous le Front populaire.

Parcourir l'exposition de l'IHS en ligne ICI

Accéder à un document de 1920 conservé au Fonds cheminot (texte intégral) en cliquant ICI

 

Témoignage d'un militant : focus sur Lucien Midol

LUCIEN MIDOL

Lucien Midol (1883-1979), ingénieur des Arts et métiers, mécanicien à la Compagnie du Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) et Secrétaire de l’Union PLM à Besançon, est condamné plusieurs fois puis contraint à l’exil pendant trois ans. Témoin et acteur de ces luttes, il écrit:

« Nous n’avions que notre volonté et notre instinct de classe pour nous guider et pour nous permettre de mener les luttes ouvrières, que les expériences de chacun de nous ».

 

Lucien Midol, La voie que j'ai suivie : un ingénieur au cœur des batailles sociales : 1900-1970, Paris, Éditions sociales, 1973. Cote Fonds cheminot : J65. 

 

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