Grèves de décembre 1995 : 30 ans

 

source AFP

Il y a à peine plus de 30 ans, entre novembre et décembre 1995, un vaste mouvement social contre le plan de réforme de l’assurance retraite paralysait le pays pendant 3 semaines, jusqu’à son retrait. Les cheminots étaient au premier plan.

Six mois après l’élection de Jacques Chirac comme président de la République, son premier ministre Alain Juppé s’attaque directement à la Sécurité sociale : hausse des tarifs d'accès à l'hôpital, restriction du nombre de médicaments remboursés, augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs et enfin allongement de la durée de cotisation pour les agents de la fonction publique et la fin des régimes spéciaux (dont celui des cheminots).

Ces annonces se font dans un contexte déjà tendu à la SNCF : le “plan Bergougnoux”, du nom du PDG de l’époque, prévoit le tournant du “tout-TGV” et menace de disparition le tiers du réseau français (et avec lui plus de 70.000 emplois).  

Le 15 novembre, Alain Juppé déclare vouloir la fin des régimes spéciaux. Bernard Thibault, alors secrétaire de la fédération CGT des cheminots estime que “c'est la goutte d'eau qui a mis le feu aux poudres”. Un déclaration commune à l’ensemble des organisations syndicales de la SNCF appelle à se mobiliser le 24 novembre. 

Cette première journée fait descendre 1 million de personnes dans la rue partout en France. La grève est reconduite chez les cheminots, bientôt rejoints par la RATP, EDF, La Poste et les universités. En parallèle, des journées de mobilisation interprofessionnelles dites “saute-mouton” (24 et 28 novembre ; 5, 12 et 16 décembre) rassemblent massivement. 

Le 15 décembre, Alain Juppé revient sur la réforme des retraites et la suppression des régimes spéciaux. La veille, le ministre des Transports Bernard Pons avait annoncé l'annulation du plan Bergougnoux. Les cheminots reprennent le travail à ce moment-là. 

La réforme de la Sécurité sociale sera en revanche bien adoptée par ordonnances à compter de fin décembre.

Les événements de 1995 ont également participé à la recomposition du paysage syndical à la SNCF. Suite aux positions largement décriées de la secrétaire de la CFDT d’alors - Nicole Notat - qui approuve le volet de la réforme qui concerne l’assurance maladie, l’aile gauche des militants cheminots du syndicat font scission fondent Sud-rail.

Pour aller plus loin, découvrez ces titres empruntables via la Bibliothèque de Prêt par Correspondance :  

"Le sens d'une colère : Nov-déc.1995, chances et perspectives" (1996)

"L'hiver de la colère : le livre des grévistes de novembre-décembre 1995" (1996)

"Cheminots en lutte" (1996)

"Les cahiers de l'Institut. Il était une fois... il y a tout juste 20 ans : novembre 1995" (2015)

"Le syndicalisme d'après : ce qui ne peut plus durer" (2022)